Théâtre de la Madeleine (Paris) : Nono n’est pas Nana !

Sur les colonnes Morris, c’est l’une des affiches les plus séduisantes de la rentrée théâtrale des salles privées parisiennes : Julie Depardieu y apparaît en déshabillé vaporeux dans une esthétique très Belle Époque. Après avoir monté la saison dernière Maison de Poupée avec Audrey Tautou, Michel Fau retrouve la scène du Théâtre de la Madeleine pour Nono de Sacha Guitry, première pièce de l’auteur écrite à 20 ans en 1905.

Jacques (Xavier Gallais), jeune homme fougueux, est l’amant de Nono (Julie Depardieu), cocotte inculte et insouciante. Exilé par son père, il confie sa maîtresse aux soins de son meilleur ami Robert (Michel Fau), poète raté et excédé par la présence envahissante de sa maîtresse jalouse, Madame Weiss (Brigitte Catillon).

Aucune surprise ou rebondissement spectaculaire dans cette comédie de boulevard qui mêle amour, désir et porte-monnaie. Les personnages sont caricaturaux, les situations sont minces. Tout repose sur des dialogues dans lesquels s’exprime déjà l’humour vachard de Sacha Guitry sur les femmes. Mais plus qu’une réelle aversion pour le genre féminin, la misogynie légendaire de l’auteur apparaît aujourd’hui comme un exercice de style, un prétexte bon enfant pour aligner jeux de mots et calembours.

Pour donner un peu de saveur à cette pièce qui sent la naphtaline, sont nécessaires le rythme de l’interprétation et le savoir-faire des comédiens. Ceux qui incarnent les personnages secondaires y parviennent sous la direction de Michel Fau, à la fois metteur en scène et interprète principal.

Dans le registre de la comédie, on retrouve avec plaisir Xavier Gallais, amant impétueux et enfantin. Brigitte Catillon compose avec humour une maîtresse bafouée, éplorée, qui retrouvera sa dignité dans la vengeance. Et, même avec peu de scènes, Sissi Duparc et Roland Menou créent de vrais personnages de serviteurs aussi tourmentés par le désir que leurs maîtres.

Restent nos deux têtes d’affiche et là, ça se gâte. Julie Depardieu, absente à ce qui se joue et quasiment effacée, donne le sentiment d’assister ébahie à la représentation, sans trouver autre chose à faire sur scène que débiter son texte. Ses déplacements tout en petits sautillements de femme écervelée, son expression et ses rires bêtas, ses dessous chics et affriolants, ne suffisent pas à nous convaincre et à justifier la passion qu’elle exerce sur ses deux soupirants. Nono n’est pas Nana.

Pour sa part, Michel Fau est omniprésent sur scène. Il nous sert son numéro d’homme détaché et blasé, sans grande conviction et sans la folie nécessaire pour dynamiter ce vaudeville. Adepte du travestissement (jubilatoire le printemps dernier dans son Impardonnable Revue pathétique et dégradante au théâtre du Rond-Point), on se demande très vite pourquoi il n’a pas endossé lui-même le rôle de Nono ! Certes, ce serait du déjà vu. Mais nul doute qu’avec un parti pris plus osé dans son interprétation et sa mise en scène, la pièce, à défaut d’être captivante, serait un peu moins ennuyeuse.

L’accumulation d’un décor volontairement criard et imposant semble vouloir nous entraîner dans une représentation du siècle dernier, sur les lieux même du théâtre où Sacha Guitry créa ses pièces pendant une quinzaine d’années. Au bout du compte, malgré la présence de comédiens aguerris, un spectacle vieillot avec une pièce de jeunesse qui ne méritait certainement pas l’exhumation.

Luc Reyrolle
Photo : Julie Depardieu et Michel Fau dans Nono, photo Marcel Hartmann © Getty images

► Théâtre de la Madeleine du 7 septembre au 31 décembre 2010 ; www.theatremadeleine.com

15/09/2010

Une Réponse pour “Théâtre de la Madeleine (Paris) : Nono n’est pas Nana !”

  1. Redigé par alix:

    J’en sors… Critique cruelle mais assez exacte. On s’ennuie malgré l’humour dont fait preuve Guitry dans le texte. On s’ennuie sans trop savoir pourquoi exactement…