Archive la catégorie ‘Festival de Cannes 2010’

Au cinéma, avec les familles des moines de Tibhirine

La consigne était stricte : je ne devais pas chercher à interviewer les familles des moines. Cette séance parisienne leur était réservée, quatre mois avant la sortie en salles du film « Des hommes et des Dieux ».

Je m’assois donc incognito dans la salle, au milieu du public. Des hommes, des femmes de toutes générations. Le réalisateur Xavier Beauvois, accompagné du scénariste Etienne Comar, et de plusieurs comédiens du film, propose de se retrouver après la projection.

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Cannes XIX : Un palmarès équilibré, mais une bien étrange Palme d’or

Le réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a reçu la Palme d’Or pour son film

Étrange idée que d’avoir décerné la Palme d’or à Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. Le moins que l’on puisse dire est que Tim Burton, le président du jury, si tant est que sa voix ait porté sur ce film, aime les grands écarts.

Car rien qui soit plus aux antipodes de son cinéma, que cette histoire d’un homme, au seuil de la mort, retrouvant les fantômes de sa vie passée (son fils, sa femme …).

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Cannes XVIII : nos coups de cœur

Déjà couronné du Prix oecuménique ( voir note précédente), Des hommes et des Dieux, de Xavier Beauvois, semble bien parti pour recevoir la récompense suprême. A Pèlerin, nous lui avons déjà décerné la « Palme du cœur ». Et si, pour une fois, le jury, la presse, et la « rumeur » cannoise se rejoignaient ? L’esprit de Thibirine va t-il souffler sur la Croisette ?

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Cannes XVII : Prix du Jury oecuménique : « Des Hommes et des Dieux »

Le prix du Jury oecuménique 2010 vient d’être décerné au film français « Des Hommes et des Dieux » de Xavier Beauvois.

Un film que Pèlerin a choisi de mettre en « Une » dès l’ouverture du festival de Cannes, le 12 mai dernier.

Le jury présidé par Michèle Debidour (voir notre interview dans notre blog Cannes VI ) a justifié son choix ainsi :

« D’une grande beauté plastique, servi par une interprétation collective remarquable et rythmé par l’alternance des travaux et de la liturgie, ce film dépeint le sacrifice des moines de Tibhirine (Algérie 1996), choisissant de poursuivre leur œuvre de paix malgré la violence déchaînée.
La profonde humanité des moines, leur respect pour l’Islam et leur générosité pour leurs voisins villageois motivent notre choix ».

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Cannes XVI : L’Irak s’invite au festival

Extrait de Fair Games de Doug Liman

L’un est Américain, l’autre est Anglais. Tout deux parlent de l’Irak : Doug Liman, avec Fair Games, et l’inusable Ken Loach, dont le militantisme, à travers le cinéma, semble ne jamais devoir faiblir.

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Cannes XV : Hors-la-loi, sous haute surveillance

Le Palais des Festivals était sous haute surveillance, ce matin, pour la première projection, réservée à la presse, de Hors-la-loi, réalisé par Rachid Bouchareb, et présenté en compétition sous bannière algérienne.

Dans le même temps, plusieurs dizaines de manifestants (anciens d’Afrique du Nord, élus, pieds-noirs …) se sont rassemblées devant le monument aux morts, en face la mairie de Cannes, pour y déposer une gerbe à la mémoire, entre autres, des Français d’Algérie de Sétif, tuées par des autochtones, après qu’une manifestation de nationalistes ait mal tourné, le 8 mai 1945.

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Cannes XIV : Le retour de Pierre Etaix

Le cinéaste Pierre Etaix, le 28 novembre 2008 à Paris. AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK

Qui l’aurait cru ? Pierre Etaix est l’une des vedettes de Cannes depuis hier. Le réalisateur est là pour annoncer une heureuse nouvelle : la sortie en salles, le 7 juillet, de l’intégralité de son œuvre. Huit films (dont Le soupirant, Yoyo, Tant qu’on a la santé, Le grand amour, et Pays de cocagne) restés invisibles depuis plus de vingt ans, en raison d’un imbroglio juridique qui gelait les droits de Pierre Etaix à disposer de son travail.

C’est un soulagement pour le cinéaste, qui a du, pendant des années,  se battre seul, mais avec le soutien moral du monde du cinéma  – dont celui de la critique, qui ne l’a jamais oublié. Avant que deux fondations (Technicolor et Groupama Gan) ne lui proposent leur aide, décisive. Celles-ci ont aussi pris à leur charge la restauration des films, dont les négatifs s’étaient dégradés.

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Cannes XIII : Business sur la croisette

Cannes est le lieu par excellence où sont finalisés et annoncés les projets de films. Les gazettes professionnelles, publiées chaque jour, en font un large écho.

L’exercice a ses légendes tenaces, qui veut par exemple que Jean-Luc Godard y ait signé un contrat pour la réalisation d’un Roi Lear, avec les frères Weinstein, deux redoutables businessmen américains, sur un coin de nappe dans un restaurant (le film existe, mais il n’est jamais sorti !).

Cannes a aussi ses annonces megalo, où les limites n’existent plus.

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Cannes XII : en guise de bouquet

Les projections se succèdent à toute allure, à tel point que je ne trouve pas le temps de vous détailler ce que je vois, film après film. Voici donc un résumé des dernières 24 heures.

Copie conforme, d’Abbas Kiarostami – Le film, en compétition, sort aujourd’hui en salles- :  c’est le premier long métrage que le cinéaste iranien (Le goût de la cerise, Palme d’or 1997, ; Le vent nous emportera, grand prix du jury à la Mostra de Venise, en 1999 …) tourne en dehors de son pays. Mais il reste en terrain connu. Car dans cette histoire de rencontre, en Toscane, entre un écrivain anglais (le baryton William Shimel, dont c’est le premier rôle au cinéma) et une antiquaire française (Juliette Binoche), on retrouve les dispositifs habituels du cinéaste : de longues déambulations en voiture, où l’on peut longuement discuter.

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Cannes XI : les moines de Tibhirine à l’écran

►A lire :  « Des hommes et des dieux », un film touché par la grâce »

Les dernières images du film « Des hommes et des dieux », qui sortira le 8 septembre 2010, nous laissent juste avant que l’horreur ne commence véritablement, fin mai 1996 : une file indienne de sept moines du monastère de Tibhirine, en Algérie, avec leurs geôliers djihadistes, disparaît sous des frondaisons d’arbres, noyés dans la brume, sur les pentes de l’Atlas.

La conclusion  est, hélas, connue. Les têtes des Cisterciens français seront retrouvés quelques jours plus tard au bord d’une route, sans qu’on sache encore très bien (le dossier a été rouvert l’an dernier, à la suite de révélations) s’il s’agit d’assassinats directement commis par les ravisseurs, ou une bavure de l’armée algérienne, camouflée en acte barbare d’islamistes, pour les mettre encore plus au ban du monde.

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Cannes X : Godard se décommande

Qu’en penser ? Comme annoncé le matin même dans Libération, Jean-Luc Godard a décidé, au dernier moment, de ne pas accompagner sa dernière œuvre, « Film socialisme », à Cannes, où elle était présentée dans la section Un certain regard, sans enjeu de compétition. Grosse déception, évidemment. Car on sait que sa conférence de presse aurait été un régal de formules, Godard étant passé maître dans le maniement  des mots. Son dernier passage à Cannes, qui doit remonter en 2005, est resté dans les mémoires des festivaliers.

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Cannes IX : Nouvelles d’Asie

Le réalisateur chinois Jia Zhangke prend la pose pendant le 63ème festival de Cannes. AFP PHOTO / MARTIN BUREAU

Hier dimanche, en début d’après-midi, rapide passage de relais avec ma consœur France, avant qu’elle ne file attraper son train pour Paris : oeuvres vues, dernières infos du jour …  J’avale une salade, et me plonge dans le bain sans attendre. Mon premier film, dans la section Un certain regard, est Chinois :  Shang Hai zhuan qi, sous titré « I wish I knew », de Jia Zhangke .  Ce talentueux cinéaste, âgé d’une trentaine d’années, s’est fait connaître en France grâce un film entre le documentaire et la fiction, « Still life », sur les dégâts (villages rasés, population dispersée …) causés par la construction du célèbre barrage des Trois gorges.

Son nouvel et long opus est dans le même esprit. Le réalisateur dresse un portrait doux amère de Shanghai, à travers le regard de dix-huit personnes, dont beaucoup d’ « anciens », partis vivre à Hong Kong, ou à Taïwan après la victoire des Communiste en 1949. Leurs récits, tissés d’anecdotes ténues mais poignantes, ou de vrais drames familiaux, mettent en valeur une ville que le siècle dernier n’a pas épargné, lui imposant plusieurs bouleversements radicaux. Dernier en date, son entrée au pas de charge dans la « modernité », couronnée par l’Exposition universelle. Aussi, les jeunes adultes que le cinéaste interroge, au pied de buildings, paraissent avoir subi un lavage de cerveau. La mémoire rasée,  comme  les vieux quartiers de la ville, qui ont été rasés), aussitôt remplacée par l’envie frénétique de consommer. N’importe quoi, pourvu qu’il y ait l’ivresse.

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Cannes VIII : la croisette, tendance panama

Josh Brolin, Carey Mulligan et Oliver Stone alors de la première de "Wall Street: Money Never Sleeps" au Palais des Festivals, le 14 mai 2010 (Photo by Eric Ryan/Getty Images)

Week-end chargé sur la Croisette. Des films « poids lourds » comme celui de Woody Allen ou Bertrand Tavernier attirent une foule de curieux, fans de vedette et autres cinéphiles tenant de petites pancartes indiquant « Une place pour Wall Street, SVP ». Se déplacer d’un lieu à un autre tient lieu du parcours du combattant. Nombre de professionnels ont d’ailleurs adopté le vélo ou la trottinette pour se rendre à leurs rendez-vous par des itinéraires détournés.

Cette année, la tendance est au panama ( le message vaut aussi pour Philippe qui ne va pas tarder à me relayer ici à Cannes). Même les journalistes succombent au charme du « Borsalino ». Surprise de découvrir une armée d’escabeaux derrière les barrières, en bas des marches du Palais, à l’heure où les photographes en smoking ne sont pas encore levés : Un clin d’œil à Tati ?

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Cannes VII : la grâce et le bonheur

Les musiciens congolais "Benda Bilili" au Palais Stéphanie lors du festival de cannes 2010 (14 mai 2010, Photo : Sean Gallup/Getty Images)

La météo se rafraîchit mais ça chauffe dans les salles. Heureuse surprise à la Quinzaine des réalisateurs qui s’affirme de plus en plus comme l’une des plus riches sélections cannoises. Après une ouverture remarquée avec « Benda Bilili ! » ( « Au delà des apparences »), un documentaire français sur l’authentique ascension d’un orchestre congolais, un autre film a été longuement ovationné hier soir.

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Cannes VI, jury oecuménique 2010 : « La brise légère de la spiritualité »

D’origine lyonnaise, Michèle Debidour, 60 ans, théologienne et professeur de cinéma à l’université catholique de Lyon, est présidente du Jury œcuménique. Pèlerin l’a rencontrée au festival de Cannes.

Votre parcours est marqué par la spiritualité et le cinéma. Comment avez-vous fait le lien entre les deux ?

Après avoir été professeur de lettres classiques, je me suis mis en disponibilité pour élever mes quatre enfants, tout en suivant des études de théologie à l’université catholique de Lyon. Parallèlement, en aumônerie, je me servais du cinéma pour débattre avec les lycéens des questions éthiques. Par exemple, un film comme « Breaking the waves » permettait d’aborder les thèmes de l’amour absolu et de la vérité. Ainsi est né mon goût pour une approche pédagogique et pastorale du cinéma.

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Cannes V : le blues du troisième jour

Dave Hogan/Getty Images

Cannes J + 3 : On se gave de films sans être encore complètement dépendant de cette drogue dure, on part à la chasse aux interviews qui, contrairement aux idées reçues, ne tombent pas du ciel dans un festival qui laisse de moins en moins de place au hasard. On n’est pas encore tout à fait habitué à n’être qu’un médiocre « badge bleu » ou un simple numéro de casier (432).

On voudrait encore se rebeller d’être réduite à la particule d’un troupeau qui fait docilement la queue aux projections et gravit les marches quand les barrières s’ouvrent. On ravale sa déception de ne pas être invité à telle ou telle fête…

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Cannes IV : le « regard » de Manoel de Oliveira

Manuel de Oliveira et sa femme, Maria Isabel Carvalhais, posent ensemble à Cannes pour le traditionnel "photocall"

Belle ouverture ce soir de la sélection « Un certain regard », en présence de son jury présidé cette année par Claire Denis. La réalisatrice a fait part de son émotion après la diffusion de quelques images du cinéaste iranien Jafar Panahi, emprisonné à Téhéran depuis plusieurs mois. Une « absence » très soulignée depuis le début du festival…

Cette ombre a été provisoirement dissipée par la joyeuse arrivée sur scène du portugais Manoel de Oliveira, facétieux « jeune » homme de presque 102 ans, très fringuant au milieu des comédiens de son nouveau film, « L’étrange affaire Angelica ».

Un photographe nommé Isaac est appelé d’urgence, la nuit, pour faire le portrait d’une jeune femme morte juste après son mariage. Dans l’objectif de l’appareil photo d’Isaac, Angélique semble reprendre vie, pour lui seul. Fasciné jusqu’à l’obsession, le photographe poursuit le rêve de rejoindre sa bien-aimée dans un autre monde….

A la sortie, Madame Oliveira, épouse du cinéaste, confiait que ce récit était inspirée d’une histoire vraie. Sa propre cousine, qu’elle aimait comme une sœur, était morte ainsi, très peu de temps après ses noces…

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Cannes III : chacun cherche son père

L'équipe complète de "Chongqing Blues" sur le tapis rouge de Cannes, juste avant la projection.

En direct de Cannes; Et c’est parti pour la sélection officielle avec ce matin « Chongqing Blues » du chinois Wang Xiaoshuai. Pas très réveillée, je suis pourtant restée captivée de bout en bout par cette histoire poignante. Lin, un capitaine de bateau, vient d’apprendre la mort de son fils aîné, issu d’un premier mariage. Après quatorze ans d’absence, le marin retourne dans la ville de Chongqiing pour tenter de comprendre ce qui arrivé à Lin Bo, 25 ans, abattu six mois plus tôt par un policier.

Que s’est il passé ? Quel délit avait-il commis ? Que savent ses amis ? Quelle vie menait-il ? Qui était-il ? Au fil de plusieurs rencontres clés, menées avec une époustouflante sobriété, nous cheminons pas à pas avec cet homme digne à la recherche de ce fils si méconnu. Une quête autant qu’un chemin de croix pour ce père trop longtemps absent et qui mesure peu à peu le poids de sa culpabilité dans cette tragédie.

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Cannes II : soirée d’ouverture

En direct de Cannes. Première « Montée des marches » sur le tapis rouge avec la « desperate housewife » Eva Longoria qui provoque l’émeute dans le public. Sa robe blanche à volants et longue traîne fait sensation. Un tatouage dans la nuque, un sourire craquant. Tatouage aussi, cette fois-ci sur les reins, pour Julie Gayet, très nue sous sa robe rouge ultra-décolletée dans le dos.

En haut des marches, Patrick de Carolis, patron de France Télévision, se montre très détendu, tout comme Jack Lang, ex ministre de la culture à vie, col mao blanc et noir, fidèle à son habitude. Frédéric Mitterrand fait son entrée avec Arielle Dombasle qui prend la pause, Elsa Zylberstein, et Mireille Darc. Une « première » cannoise pour un ministre qui ne semble pas faire l’unanimité parmi les professionnels de la profession….

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Cannes I : Aller simple Paris – Cannes

En direct du Festival de Cannes. Tôt ce matin, la gare de Lyon avait un drôle de petit air de sports d’hiver. Doudounes, bottes et coupe-vents se précipitaient sur le quai. Difficile d’imaginer nombre de ces voyageurs transis de froid en festivaliers en puissance.

Le train souvent délaissé pour l’avion au delà d’un certain nombre de kilomètres retrouvait soudain tout son attrait. Pas question de rester en rade dans un aéroport monotone menacé par les caprices d’un nuage volcanique au nom aussi imprononçable que certains titres de films accueillis sur la Croisette…
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