« Portraits de femmes », de Jean Dutourd

Jean Dutourd demeure, pour moi, le plus populaire des académiciens. Je le connais depuis toute jeune, l’écoutant sur les ondes de RTL, dans l’émission Les grosses têtes. Son savoir encyclopédique faisait de lui le champion toute catégorie parmi les  joyeux drilles invités par Philippe Bouvard.

« Faisait », car depuis 2008, le sage a arrêté ses interventions quotidiennes dans l’émission, sans pour autant se faire oublier de la sphère publique.

En effet, son éditeur Flammarion réédite Portraits de femmes, sorti en 1991. Au fait, faut-il voir dans ce roman quelques inspirations autobiographiques bien senties ? Au lecteur d’en juger…

Rémi Chapotot entre à l’Académie française à l’âge de 45 ans et fort de dix-neuf romans à succès, dont les intrigues s’appuient sur la lutte des classes. Est-il admis parmi les sages de la Coupole grâce à ses qualités littéraires, à moins que ce ne soit pour les idées qu’il défend dans ses romans ?

Pas vraiment, il doit son entrée au graal des hommes de lettres à deux femmes : Jacqueline, enfin Jacky, Lataste, esthéticienne bordelaise qui prendra le cœur de Rémi, et sa secrétaire Blanche Petitdidier.

Chacune voit en cet un homme, qui se qualifie de plutôt ordinaire, remplissant tous les matins ses pages « comme on remplit une baignoire », un être plein de charme, de fougue, d’intelligence, d’esprit… N’en jetez plus ! De quoi combler Rémi Chapotot, qui mine de rien, a une haute opinion de lui… au point de se comparer à Balzac, même s’il n’a pas encore écrit l’œuvre de sa vie, son Rougon-Macquart. Ça viendra… ou pas !

En jouant sur les codes du roman du XIXe siècle, justement celui dont s’inspire son héros, Jean Dutourd égratigne avec une causticité tout en finesse le monde littéraire parisien.

L’académicien en profite également pour dresser un portrait cruellement amusant de ces femmes prêtes à toutes les intrigues pour s’assujettir la volonté d’un brave type (plus sympathique tu meurs, même l’amant de Jacky, Éric Carloman, un Rastignac de 19 ans, craque pour lui) en jouant de la flatterie, du mensonge, de l’hypocrisie ; les ingrédients d’une satire de mœurs particulièrement distrayante.

En refermant Portraits de femmes, une phrase de Plutarque m’est revenue à l’esprit : « Le flatteur, en chatouillant par les louanges les oreilles de ceux qui aiment la gloire, se les attache si fortement qu’ils ne peuvent plus s’en séparer. » À bon entendeur…

Estelle Couvercelle

Portraits de femmes, de Jean Dutourd, membre de l’Académie française, Éd. Flammarion, 352 p. ; 22 euros.

22/11/2010

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