Bruce Toussaint (Canal +) ou l’enfance d’un chef

« C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup »Cette rencontre avec Bruce Toussaint pourrait être placée sous les auspices des paroles de cette chanson de Michel Berger. En effet, à peine la rencontre a-t-elle débuté que le portable du journaliste se met à sonner. Et là se passe une chose proprement incroyable : Bruce Toussaint éteint l’appareil sans même regarder le nom qui s’affiche sur son écran. Alors oui, c’est un détail, mais qui en dit long sur l’homme. Car chez les personnalités, le portable peut se considérer comme une sorte d’organe vital qui prolonge l’oreille. Visiblement, Bruce Toussaint ne souffre pas de cette pathologie.

Malgré des audiences au beau fixe, une popularité en expansion et un statut de chouchou des dirigeants de sa chaîne, l’homme se considère comme un journaliste, non comme une vedette. « Ma vocation remonte à mes 10-12 ans, raconte-t-il, j’adorais les grandes voix de la radio. Mes copains étaient fans de Madonna, moi je vénérais Stéphane Paoli ou Jacques Esnous. Je n’avais pas leur poster dans ma chambre… simplement parce qu’ils n’existaient pas ! » Suivent des stages à RTL ou au Parisien-« je me souviens de ma fierté quand j’arrivais devant le siège du journal »- puis un atterrissage « le lendemain de mon bac » à O’FM. « Je les avais tannés pour un stage, j’ai décroché un contrat en alternance ». En 1993, à 20 ans, il obtient sa carte de presse.

Son embauche en 94 à Canal Plus ? « Je devais être le moins cher » plaisante-t-il. Il arrive sur la chaîne en plein « âge d’or », après avoir menti sur son âge. Il se gratifie de 24 années alors que son compteur n’en affiche que 21. Lentement, il gravi les échelons. « Il a fallu que j’apprenne le métier. Je suis parti de très bas. Je devais mûrir professionnellement et humainement. »

Mûrir certes, mais pas devenir un vieux barbon de la télé. Grandir mais sans sacrifier son enthousiasme. Des plateaux d’I-Télé de 2001 à 2004 à ceux, aujourd’hui, de « l’Edition Spéciale » (cinq fois par semaine) et de « Tout le Monde il est beau » en passant par ceux « La Matinale » entre 2004 et 2008. Au fil des ans et des promotions, Bruce Toussaint s’est un peu départi de cette réserve qui en faisait le « bon gars » de l’info, au profit d’une ironie douce. Celle d’un gamin gentiment taquin. Jamais bien méchante certes, mais qui assure une connivence avec le public. Au même titre que les mails et SMS des téléspectateurs qui viennent nourrir les sujets d’actu débattus sur le plateau de l’Edition Spéciale.

Qu’on remette en cause l’intérêt de cette interactivité un peu démagogique et il réplique aussi sec : « Mais moi j’y crois à cette interactivité ! Cela crée du lien et cela offre un éclairage supplémentaire. D’autant que la grande maladie du journalisme d’aujourd’hui consiste à n’être en phase qu’avec une certaine réalité. Les gens à l’antenne n’évoluent pas forcément dans celle du téléspectateur. »

Le débat reste ouvert mais les résultats d’audience sont là : Bruce Toussaint a stoppé l’hémorragie qui gangrenait la tranche du midi sur Canal Plus depuis 1994 et le départ de Jean-Luc Delarue, sa « Grande Famille » sous le bras. Comme il a dynamisé auparavant celle du matin, transformant un cimetière indien des animateurs en pays de Cocagne.

Aussi quand a bruissé la rumeur de son départ pour M6 et la présentation de son nouveau journal de 19h45, on a craint le départ de l’enfant prodige. Il balaye le souvenir d’un geste : « C’était un non-événement. Je n’ai jamais ressenti l’envie de partir. Ma fidélité à Canal Plus repose sur une histoire débutée en 1994. On ne quitte pas une maison où on a grandi. » La chaîne cryptée abriterait-elle un Tanguy ?

Joséphine Lebard

05/01/2011

Comments are closed.