Enfances maltraitées

Les enfants ne sont pas à la fête dans la programmation cannoise. Jeudi, on a déjà pu en juger dans le film « Polisse » (police, en écriture enfantine), réalisé par Maïwenn. C’est l’un des quatre films français en lice pour une Palme.

La réalisatrice (« Pardonnez-moi », « Le bal des actrices ») a reconstitué le quotidien de la Brigade de Protection des Mineurs, la BPM, à Paris. Celle qui traque les pédophiles, ou les parents maltraitants.

Maïwenn a composé son film en emmêlant  des fragments d’ « affaires », avec des moments choisis dans la vie privé de chacun des policiers. Ceux-ci sont , entre autres, joués par Karin Viard , Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, et le chanteur Joeystarr.

Mêler le privé et le professionnel est maintenant un tel classique de la fiction policière, à la télévision comme au cinéma, qu’on pouvait craindre une certaine banalité. Maïwenn, qui tient aussi le rôle d’une photographe en reportage au sein de la BRM, s’en sort plutôt bien. Même si elle reste sur le fil du rasoir.

En revanche, l’accumulation d’affaires frise l’indigestion. C’est un défilé de tragédies, entre des fillettes Roms battues et forcées à voler, des bébés « secoués », des adolescentes abusées, ou des cas d’incestes dans les « beaux quartiers ». Le tout entre les mains de policiers dont les nerfs lâchent à tout bout de champ. Il est évident que l’empathie du spectateur joue à plein. C’est là où peut se tenir la facilité.

Enfance maltraité toujours avec « Michael », en compétition, de Markus Schleinzer. Cet Autrichien travaille depuis de longues années avec Michael Haneke, dont l’ombre plane sur cette œuvre. Citoyen sans histoire, ni amis, employé modèle, Michael (la trentaine) a kidnappé un enfant, dont il a fait son jouet sexuel. Le film relate les derniers mois de l’atroce captivité de ce garçon de dix ans, dans une pièce aménagée au fond de la cave du pavillon de Michael, sans qu’on sache quoi que ce soit de ce qui a précédé.

Markus Schleinzer met de la distance avec son sujet. L’horreur réside dans la passivité de l’enfant, résigné sur son sort, qu’a finit par obtenir obtenue l’adulte bourreau et manipulateur. On songe évidemment à l’affaire Natacha Kampusch, qui a glacé l’Autriche il y a quelques temps … Après sa libération, la jeune femme avait aussi évoqué cette banalisation de l’horreur dans laquelle elle s’était mentalement enfermée, voire réfugiée … On vous le dit, Cannes, ce n’est pas de tout repos !

Ph. ROYER. Photo © Andreas Rentz / Getty Images

15/05/2011

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