« Le cinéma est indispensable pour connaître le monde d’aujourd’hui »

Cette année, le Jury du prix œcuménique, 37e du nom, est composé de six membres, protestants et catholiques, venus d’Argentine, de Suisse, de Suède, d’Italie et de France. Tous assistent aux projections des films en compétition, avant de remettre leur prix, l’un des premiers décernés, le samedi 21 mai.

En 2010, le Jury l’a attribué au film Des hommes et des dieux , de Xavier Beauvois. Les années précédentes, à Looking for Eric, de Ken Loach, Babel, de Alejandro Inarritu, ou à Caché, de Michael Haneke.

(Photo six membres du jury œcuménique de gauche à droite : Françoise Lods, Daniel Grivel, Christiane Hofmann, Martin Ernesto Bernal Alonso, Gianluca Arnone, Mikaël Mogren)

Daniel Grivel, président du Jury 2011, a répondu à nos questions.

Pouvez-vous vous présenter ?
J’ai fait des études de théologie à Lausanne, en Suisse. Et j’ai été pasteur dans des paroisses de Suisse romande. Depuis 2005, je dirige le bi-mensuel « Cinéfeuilles ». C’est un magazine de cinéma œcuménique, un peu sur le modèle de votre hebdomadaire « Les fiches du cinéma ». Nous chroniquons tous les films, suisses ou non, qui sortent dans nos salles. Soit 200 à 250 films par an.

Le fait est qu’en France, on ne parle plus guère du cinéma suisse. La génération des Alain Tanner, Claude Goretta ou Daniel Schmidt,  a t-elle des successeurs ?
On a une jeune génération d’auteurs qui fait de très bons films. L’un d’eux, « La petite chambre », de Stéphanie Chuat et Valérie Reymond, avec l’acteur Michel Bouquet, est sorti dans vos salles l’hiver dernier. Il a eu un bon succès critique, et un honorable succès public.

Qu’apporte le jury œcuménique au festival de Cannes ?
Nous sommes là pour porter un regard particulier, empreint des Evangiles, sur les films présentés en compétition. Nous essayons de déceler, dans ce miroir que représente le cinéma, les misères et les bonheurs vécus par les hommes et les femmes de notre temps.

Car, si l’on veut connaître le monde d’aujourd’hui, le septième art  est indispensable. La sensibilité des cinéastes amplifie des phénomènes et des expériences humaines originales, auxquels nous ne sommes pas forcément sensibles, dans ce flot des images qui nous submerge quotidiennement.

Ne trouvez-vous pas que le cinéma s’ouvre de plus en plus au religieux et au sacré ?
Effectivement. Il n’y a qu’à voir l’an dernier, avec la Palme d’or attribuée à un film thaïlandais imprégné de mystique bouddhiste, et le prix du Jury à « Des hommes et des dieux ». Le film de Xavier Beauvois, sur les moines de Thibirine a l’un des grands événements de Cannes 2010, avant son immense succès en salles …

Beaucoup de films reflètent la recherche de sens et de points de repères à l’œuvre dans la société d’aujourd’hui. La différence aussi est qu’un réalisateur peut maintenant revendiquer son appartenance religieuse ou sa quête spirituelle, sans être mal vu ou moqué, d’abord par le monde du cinéma, comme c’était le cas il n’y a pas si longtemps.

Vos critères, pour un Prix œcuménique ?
Une qualité artistique indéniable. Des valeurs et un regard profondément humains.

A votre avis, ce prix a t-il un impact auprès du public ?
Avant « Des hommes et des dieux », je n’en étais pas certain. Mais le film de Xavier Beauvois, auquel on a attribué notre prix 2010, a provoqué un vrai basculement. En Suisse, les médias l’ont mentionné, et ont donné la parole à des chrétiens pour le commenter et en débattre. Et il en a été ainsi dans tout le monde francophone.

De toutes les façons, qu’on le mentionne ou pas, le prix du Jury œcuménique récompense un bon film qui fera son chemin. L’essentiel pour nous est que son message touche le public et éveille à une autre dimension.

RECUEILLIS PAR Ph.  ROYER. Photo © Daniel Beguin – Jury œcuménique.

Retrouvez l’actualité du Jury œcuménique 2011, et les prix des années passées sur le site http://cannes.juryoecumenique.org

 

16/05/2011

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