Un Arbre foisonnant

Vrai moment de cinéma, ce matin, avec « The Tree of life » ( « L’arbre de vie »), présenté en compétition. Son auteur, l’Américain Terrence Malick a composé un bluffant poème visuel, liant la destinée d’un être humain … et la marche de l’univers. Pas moins !

Le récit, chaotique dans la première demi-heure, comme la création de la Terre à laquelle l’œuvre se réfère abondamment, se précise au fil de la réalisation.

Nous sommes dans les années 1950. Cadet de trois garçons, le jeune Jack (Hunter McCraken, un acteur parfaitement inconnu) subit, comme ses frères, l’autoritarisme et la brutalité de son père (joué par l’acteur Brad Pitt). Celui-ci les élève dans la combativité, pensant qu’ainsi, ils seront armés pour réussir, comme lui, dans la vie… Au contraire de leur  mère (Jessica Chastain, une actrice de théâtre), qui leur prodigue amour, douceur, et protection. Mais elle a du mal à contenir la rancune de l’aîné, en première ligne face au père. Ces scènes, dans des années 1950 reconstituées, se croisent avec les états d’âme et les interrogations de Jack, devenu un homme d’âge mûr, et joué par l’acteur Sean Penn. Voilà pour la trame.

Terrence Malik est un réalisateur virtuose, doué d’une créativité exceptionnelle, mais qui tourne peu, tant il ambitionne d’atteindre une sorte de perfection dans son art. Son film, « Les moissons du ciel », reste l’un des sommets du cinéma américain des les années 1970. Angles originaux, inventions visuelles … Chaque plan tourné par Terrence Malik dans cet « Arbre de vie » est une splendeur. Le montage a demandé des mois. Pour preuve, le film devait être l’un des moments forts de Cannes … 2010. Mais le cinéaste avait renoncé à le présenter au dernier moment, l’estimant encore inachevé. C’est dire !

L’œuvre est toute empreinte de spiritualité. Les œuvres de Terrence Malik sont toujours des hommages vibrants  à la beauté de la nature. Ici, de somptueux paysages américains sont mis en résonance avec les mystères de l’univers : images de volcans, d’éruptions solaires, d’aurores boréales, de dinosaures dans des forêts primaires. Mais aussi l’infiniment petit, avec force effets spéciaux.

De la même manière, la vie de Jack et de sa famille sont replacés dans un « grand tout » qui les dépasse ô combien. Le cinéaste tisse une relation serrée et intime entre le temps des hommes, de leur naissance à leur mort, et celui de la terre.

Raconté comme cela, « L’arbre de vie » peut paraître bien étrange. Il l’est. C’est un hymne, mais un hymne grave, en même temps qu’un mélodrame, entre un père et ses enfants, en forme de puzzle poétique.

Le public va pouvoir juger sur pièce dès mercredi 18. « L’arbre de vie » sort en effet avant même la fin du Festival.

Reste que cette recherche de la perfection, cette volonté de contrôle absolu du cinéaste sur son « enfant »,  lui nuit parfois, Car il laisse peu de marge à ses personnages. Il manque à cet « Arbre » une branche de fantaisie et des bourgeons de vraie joie …

Ph. ROYER

 

16/05/2011

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