Impressions, en vrac

C’est le même constat chaque année. A passer de projection en projection, le temps et les films filent plus vite que le blog Pèlerin ne se remplit.

Voici donc, en guise de modeste rattrapage, quelques considérations sur les œuvres dont vous avez sans doute déjà entendu parler, à la télévision ou à la radio, mais sans savoir ce que votre serviteur en pense.

Gros coup de cœur pour « The artist » (en compétition), de Michel Hazanavicius, l’auteur des deux aventures de « OSS 117 ». Prince du pastiche, le cinéaste réussit là le tour de force de réaliser un film muet, en noir et blanc, tel qu’on les tournait avant l’arrivée du parlant, au tout début des années 1930. C’est ce que raconte ce long métrage, absolument délicieux : la ruine et le déchéance d’une star du muet, que les studios, avides de nouveaux visages et de voix, abandonnent au bord de la route. Les acteurs Jean Dujardin et Bérénice Bejo y sont grandioses. Sortie annoncée pour le 19 octobre.

Admiration pour le nouveau film de Bruno Dumont, « Hors Satan » (section Un certain regard) , tourné dans le Boulonnais, où Bernanos a situé la rencontre, dans la nuit, entre le diable et l’abbé de son roman « Sous le soleil de Satan ». Ce n’est pas un hasard. Bruno Dumont, dont les films « L’humanité » (1999) et « Flandres » (2006) avaient sidéré les cinéphiles, poursuit son chemin, singulier et rigoureux, exigeant aussi, Avec des acteurs inconnus, jouant des personnages hiératiques, comme taillés à la serpe, dans des histoires de vies et de morts, d’où la psychologie est exclue. Le film est rude, mais son réalisateur, sans doute l’un de nos plus grands auteurs.

Chapeau aussi aux frères belges Luc et Jean-Pierre Dardenne. Pèlerin, dans son numéro daté du 12 mai, vous a déjà dit tout le bien qu’il pense de leur « Gamin au vélo », en compétition.

Suis sorti glacé du documentaire du Cambodgien Rithy Panh, « Duch, le maître des forges de l’enfer », sur l’ancien responsable du camp S21, à Phnom Penh, sous le régime khmer rouge, ou plus de 12000 « traîtres » ont été exterminés. Duch, qui a été condamné à la prison, raconte pendant deux heures, sans une once de remords et même avec fierté, l’organisation du camp, ses « succès » lors des interrogatoires sous la torture, et son obéissance, en tant que policier, à la logique d’une idéologie. Bref la sinistre et habituelle posture du rouage dans un système criminel.

Ai adoré « Et maintenant, on va où ? » (Un certain regard), de la Libanaise Nadine Labaki, auteur du très remarqué « Caramel » (2007) . C’est une histoire de femmes, à nouveau, dans un village perdu au fond du Liban, où les affrontements entre chrétiens et musulmans ont déjà commencé à remplir le cimetière. Soutenu par l’imam et le prêtre maronite, les deux communautés ont signé une sorte de pacte de bonne entente. Mais la reprise des tensions dans d’autres parties du Liban menace de le rompre. Les femmes entrent en jeu, multipliant les stratagèmes pour détourner l’envie des hommes d’en découdre à nouveau. C’est tendre, plein d’humour et d’invention. Sortie prévue le 14 septembre.

Ai applaudi à la fin de la projection du film « Le Havre » (en compétition), du Finlandais Aki Kaurismäki, tourné effectivement dans la ville portuaire. Amoureux de la France, où il a déjà réalisé plusieurs œuvres, et de son cinéma, le réalisateur a troussé une histoire avec des personnages populaires à la Marcel Carné – Jacques Prévert, mais avec un esprit d’absurde à la Beckett. Là-aussi, comme dans le film de Robert Guédiguian, « Les neiges du Kilimandjaro » (avis dans le blog), la fraternité et l’entraide s’imposent pour aider un jeune clandestin africain à rejoindre sa mère en Angleterre.

Ravissement à la vue (lors de sa conférence de presse) de Jodie Foster, réalisatrice et actrice américaine si pétillante. Elle a présenté (hors compétition) son nouveau film « Le complexe du castor », avant sa sortie en salles mercredi prochain, le 25 mai. C’est un long métrage fin et profond, sur un père de famille (l’acteur Mel Gibson) plongé dans la dépression, et qui s’en sort en utilisant un substitut thérapeutique : une marionnette de castor. Jusqu’au moment où la marionnette prend le dessus… « Je fais des films pour faire face à mes  émotions et à ma vie intérieure. Il y a des choses que je rumine pendant des années, avant de les retourner dans tous les sens dans un film. J’essaye d’analyser tous les points de vue, de manière à la fois intellectuelle et émotionnelle », a t-elle précisé, dans un Français parfait.

A plus tard !

Philippe Royer

17/05/2011

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