La Conquête : Podalydès président !

Un président français en exercice incarné au cinéma ! C’est une première. Depuis le 18 mai sur la Croisette et dans les salles, «La conquête» de Xavier Durringer met en scène la marche de Nicolas Sarkozy vers l’Elysée. Sous les traits de Denis Podalydès (à gauche sur la photo).

« Même si quantité de séquences sont tirées de la réalité, j’ai incarné un Nicolas Sarkozy de fiction, à partir d’un scénario. » L’acteur Denis Podalydès tient d’entrée à faire le distinguo. Il n’empêche, le mimétisme est stupéfiant. Podalydès restitue à la perfection le phrasé et les gestes du président de la République.

Le scénario de « La conquête », signé Patrick Rotman, est à l’encan. L’historien a épluché livres, documents, reportages, photographies, sur Nicolas Sarkozy. Jusqu’à son élection à la fonction suprême, dont le film raconte l’impétueuse conquête, entre 2002 et 2007. « Presque toutes les scènes de la vie politique reposent sur une douzaine de sources que j’ai croisées », précise le scénariste. Et de fait, on les reconnaît tout de suite, les Dominique de Villepin (Samuel Labarthe), Jacques Chirac (Bernard le Coq)… Et tous ceux qui gravitent autour d’eux : Debré, Louvrier, Dati, Guéant, Guaino…

« L’envie de faire ce film est née en 1999, lorsque j’ai réalisé un documentaire sur François Mitterrand, se souvient Patrick Rotman. Je découvrais des situations formidables, dont il n’existait aucune image, en même temps que la cruauté et la violence du monde politique. J’ai commencé à en discuter avec les deux producteurs de « La conquête », en 2006. Un avant la présidentielle ! Mais ils ont mis du temps à trouver le financement du projet… Le film aurait pu être achevé bien avant 2011 ».

Chargé de la réalisation, Xavier Durringer a tiré « La conquête » vers la tragi-comédie. « Pour moi, la vie politique tient du théâtre, où l’on se met en scène pour toucher le cœur du citoyen, et du polar, où l’on se tire dessus avec des mots, synthétise le cinéaste. J’ai surtout voulu montrer la complexité de la personnalité de Nicolas Sarkozy, premier président français à la fois acteur et réalisateur de son histoire ».

Au cœur d’un drame féroce démontant les rouages de la sphère politico-médiatique, se dessine la silhouette d’un grand fauve en mouvement. Mais aussi la faiblesse d’un être dépendant de sa compagne, totalement désemparé quand celle-ci le quitte. Le résultat ne démolit, ni ne tresse de lauriers au «personnage». A la fois drôle et âpre, exaltant comme la politique et terrifiant de cynisme, « La conquête » est un film bien plus intelligent que cela. Mais à prendre pour ce qu’il est : le récit d’une guerre de clans. Pas un combat d’idées. «Travailler sur un personnage sur-puissant en politique, qui affiche sa détresse d’homme, sa contradiction intime : voilà qui était intéressant», conclut Patrick Rotman.

PHILIPPE ROYER

► Retrouvez l’article complet dans le magazine Pèlerin N°6704 du 26 mai 2011.

Témoignage Bernard Le Coq Comédien (à gauche sur la photo)
« Archives, allocutions… j’ai tout visionné »

«On t’a déjà proposé de jouer Jacques Chirac ? » C’est comme cela que Patrick Rotman m’a abordé pour rejoindre l’aventure de La conquête. Ce à quoi j’ai répondu qu’on m’avait déjà trouvé une certaine ressemblance avec lui. Pour préparer mon rôle, j’ai visionné tout ce que je pouvais. Archives d’émissions politiques, images de meetings, allocutions : je me suis laissé nourrir par tout ce que je recevais. Peu à peu, en même temps qu’arrivent les informations, émergent des sensations qui nous aident dans notre jeu. Pour moi, Chirac, c’est un homme qui est allé au bout de son ambition. Il est à la fin de son deuxième mandat et il commence à prendre de la distance et de la hauteur. Mais tout ce que je vous dis là, je le théorise seulement main-tenant. Quand on joue, il faut se laisser porter. »

Joséphine Lébard

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Photos © Emilie de la Hosseraye

19/05/2011

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