Festival de Cannes 2011 : un palmarès en Or

Une fois n’est pas coutume, le jury, présidé par l’acteur Robert de Niro, a bien fait son travail, si l’on ose dire, en récompensant des œuvres incontestables que le public aura plaisir à découvrir.

Comme attendu … et souhaité, « L’arbre de vie »,  de Terrence Malick, a décroché la Palme d’Or. C’est une chance et une rareté pour la récompense suprême : le public a pu commencer à en goûter la splendeur avant la fin du Festival, l’œuvre étant sortie mercredi dernier. Seul regret, que le réalisateur ne soit pas venu chercher lui-même sa Palme, alimentant cette légende, un peu lassante, du génie invisible …

Pour le reste du palmarès, le jury n’avait que l’embarras du choix, ce que Robert de Niro a indiqué d’entrée, en début de cérémonie. Ce cru 2011 a été en effet assez exceptionnel, reflétant le regain d’inspiration du 7eme art. Avec des films « de cinéma », pleins de sensibilités et de parti pris esthétiques. Dans des genres les plus variés, quoique la forme du conte prenne le pas sur cette veine hyper-réaliste qui a longtemps fait florès. En un sens, c’est tant mieux.

Le palmarès témoigne de cette grande diversité d’inspiration, mais aussi de celle du jury, entre Olivier Assayas, Robert de Niro, Johnnie To, ou Mahamat Saleh Haroun. Action, méditation, épure, comédie … Chaque genre est servi.

Enfin, il est à noter, non sans un certain soulagement, que le jury n’a pas joué l’originalité et le décalage à tout crin, en montant en haut du palmarès tel ou tel film, au pire obscur, au mieux destiné à cénacle de cinéphiles. L’échec, en terme d’entrées, de la dernière Palme d’Or, le film thaïlandais « Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures », avait relancé l’interrogation sur la palme idéale : une œuvre capable de rencontrer le public, ou une « leçon » de cinéma ? En l’occurrence, « L’arbre de vie » concilie les deux.

Plusieurs thèmes forts ont traversé cette compétition, mais aussi les autres sections du Festival.

La spiritualité d’abord. Elle irrigue l’œuvre de Terrence Malick, ou emmène celle de l’Italien Nanni Moretti, « Habemus papam », hélas absent du palmarès. L’interprétation du Talmud sert même de fil conducteur à une comédie d’une grande finesse, « Footnote », de l’Israélien Joseph Cedar, récompensée à juste titre par le Prix du scénario. Sans oublier un Jeanne d’Arc (« Jeanne captive », de Philippe Ramos), plein de souffle et d’esprit, à la Quinzaine des réalisateurs.

Autre thème : un appel vibrant à la solidarité et à la fraternité, comme antidote à la dureté du monde. Aki Kaurismäki , dans « Le Havre » (oublié lui-aussi, mais une « mention spéciale » lui a été décernée par le Jury œcuménique), Robert Guédiguian, avec « Les neiges du Kilimandjaro » (dans la section Un certain regard), ou Le gamin au vélo » (Grand Prix ex-aequo), des frères Dardenne, ont magnifiquement relayé ce message.

Dans un registre proche, deux films ont mis en scène des femmes du Maghreb et du Moyen-Orient révoltées et unies contre les comportements machistes et belliqueux des hommes : « Et maintenant, on va où ? » (Un certain regard), de la Libanaise Nadine Labaki, et « La source des femmes », du franco-roumain Radu Mihaileanu, tourné dans un petit village marocain.

Enfin, le cinéma français a excellemment tiré son épingle du jeu. Jean Dujardin a parfaitement mérité son Prix d’interprétation, dans un film étonnant, « The artist », muet, en noir et blanc, qui sortira mi-octobre. Bravo l’acteur ! Quant à « Polisse », couronné d’un Prix du Jury, Maïwenn, sa réalisatrice, a accompli un travail courageux et réussi, en mettant en scène la Brigade de protection des mineurs (sortie annoncée le 23 octobre). Sans compter l’impressionnant nombre d’œuvres en lice, cofinancées par la France.

La saison cinématographique 2011 – 2012 sera riche de tous ces films cannois. Mais attention, cette année, leurs sorties commencent dès la mi-août,  avec « La piel que habito », de Pedro Almodovar, et « Melancholia », de Lars von Trier, avec l’actrice Kristen Dunst, Prix d’interprétation.

Bonnes séances ! Et à l’année prochaine …

Ph. ROYER

Le palmarès 2011

- Palme d’Or : «L’arbre de vie», de l’Américain Terrence Malick.
- Grand Prix ex-aequo : «Il était une fois en Anatolie», du Turc Nuri Bilge Ceylan, et «Le gamin au vélo», des Belges Jean-Pierre et Luc Dardenne.
- Prix de la mise en scène : «Drive», film américain du Danois Nicolas Winding Refn.
- Prix du scénario : «Footnote», de l’Israélien Joseph Cedar.
- Prix d’interprétation féminine: l’Américaine Kristen Dunst, dans «Melancholia», du Danois Lars von Trier.
- Prix d’interprétation masculine : le Français Jean Dujardin, dans «The artist».
- Prix du jury : «Polisse», de la Française Maïwenn.
- Prix du jury oecuménique : «This must be the place», de l’Italien Paolo Sorrentino.

Philippe Royer. Photo © AFP/Valery Hache.

23/05/2011

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