Roschdy Zem : « Omar Raddad n’espère qu’une chose : la vérité »

« Omar m’a tuer » : cette phrase reste à jamais associée à l’un des faits divers les plus marquants des années 1990. Roschdy Zem en a fait le titre de son film qui transpose l’affaire au grand écran. En salles le 22 juin.

Pèlerin : comment est né le projet d’Omar m’a tuer ?

Roschdy Zem : Il y a quatre ans, Rachid Bouchareb m’a contacté pour tenir le rôle d’Omar Raddad dans un film qu’il préparait. J’ai lu le séquencier. L’idée m’a plu, mais davantage en tant que metteur en scène qu’en tant qu’acteur.

Extrêmement sollicité après la sortie d’Indigènes, Rachid a alors gentiment accepté de me laisser reprendre les rênes de son projet.

J’en ai ensuite parlé à Sami Bouajila, je ne voyais que lui dans le rôle d’Omar. Il a une sensibilité que peu d’acteurs possèdent. Moi y compris.

Tout en restant objectif, votre film démontre qu’Omar n’a visiblement pas “tuer”…

Au tout début, je pensais retracer le parcours d’un condamné. Je n’éprouvais aucun sentiment particulier envers Omar Raddad.

Mais mon regard a évolué. L’enquêteur que je suis devenu a été surpris, puis scandalisé par les incohérences et les absences de preuve. Que reproche-t-on au juste au jardinier ? Son nom, écrit en lettres de sang, sur la porte de la cave. Omar dépensait son argent au casino, en cachette de sa famille. On l’a donc accusé d’avoir tué Ghislaine Marchal pour rembourser ses dettes. C’est à peu près tout.

J’ai eu accès au dossier que j’ai très largement épluché. J’ai rencontré les multiples acteurs de cette affaire : avocats, procureur, proches de l’accusé ou de la victime. Et force est de constater qu’il existe bien plus d’éléments à décharge que d’éléments à charge. Le dossier est truffé de zones d’ombre.

Pourquoi a-t-il malgré tout été condamné ?

La justice française est orgueilleuse. Mais je garde foi en elle même si elle n’accepte que très rarement de faire machine arrière. Précisons d’ailleurs qu’un pareil crime perpétré au moyen de quinze coups de couteau et de trois coups de chevron – le tout pour une modique somme d’argent -, cela s’appelle un crime crapuleux, puni, normalement, par une peine de trente ans de prison.

Or la partie civile a condamné Omar à passer dix-huit ans derrière les barreaux. On peut y voir un aveu de faiblesse ou de tort…

Vous avez rencontré Omar Raddad. Quelle image gardez-vous de lui ?

J’ai senti en lui une grande dignité. Il conçoit très bien qu’une personne puisse encore le considérer comme coupable. Mais ne s’apitoie pas sur son sort. Il a appris le code civil, qu’il connaît aujourd’hui sur le bout des doigts. C’est un véritable combattant.

En 1996, le Président Jacques Chirac lui a accordé une grâce partielle qui lui a permis d’être libéré deux ans plus tard. Toutefois, même s’il est physiquement sorti de prison, il y demeure dans sa tête. Le fait que l’administration le considère toujours « officiellement » comme un meurtrier l’empêche de se sentir totalement libre.

Comment a-t-il réagi en apprenant que le cinéma s’intéressait à son histoire ?

Omar Raddad m’a vivement encouragé à mener ce projet à bien. Sa plus grande crainte, c’est que les gens l’oublient… Il n’espère qu’une chose : la vérité.

Propos recueillis par Laurent Djian

L’avis de Pèlerin : Dans son film, Roschdy Zem défend la thèse de l’erreur judiciaire et insiste sur les zones d’ombre entourant l’enquête. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre à quel point ce sujet lui tient à cœur. Le réalisateur (qui ne joue pas dans son film) veut tout raconter. Trop peut-être. Habité par son sujet, il reste souvent prisonnier d’une mise en scène linéaire, qui freine l’émotion.

► A partir de 13 ans

 

22/06/2011

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