Michel Ocelot : « J’use de mon pouvoir magique pour faire du bien aux enfants »

Le « papa » de Kirikou revient au cinéma d’animation le 20 juillet avec un nouveau film, « Les contes de la nuit », réalisé à la manière de son charmant « Princes et princesses ». Un joli théâtre d’ombres qui bénéficie des progrès de la 3D.

Pèlerin : Vous aimez vous définir comme un sorcier. Qu’entendez-vous par là ?
Michel Ocelot : J’ai un pouvoir magique, celui de transformer une page blanche en histoire. Tout petit, déjà, j’adorais dessiner. Très jeune, déjà, j’avais créé mon propre théâtre de marionnettes. Vers 12 ou 13 ans, je fabriquais aussi des dessins animés, que mon père projetait avec son appareil à diapositives. J’use de mon pouvoir magique pour faire du bien aux enfants et aux adultes et, je ne m’en cache pas, pour leur transmettre des messages.

Quel genre de messages ?
L’humanité m’épuise. Toutes ces guerres, tout ce racisme… J’ai envie de donner de l’espoir aux gens, de traiter ces sujets, mais de manière décontractée, optimiste. Par exemple, Azur et Asmar prône la tolérance et le mélange des cultures. Dans Les contes de la nuit, mon dernier film, il y a autant de thèmes abordés que de contes. J’ai horreur du mensonge, et je le dis dans Le garçon qui ne mentait jamais. Dans Le loup garou, je parle de la différence à travers cette princesse qui aime ce beau chevalier condamné à se transformer en loup quand tombe la nuit…

Les contes de la nuit compte six histoires différentes. Pourquoi avez-vous privilégié les histoires courtes ?
Avant de connaître le succès grâce à Kirikou, j’ai souvent travaillé sur des formats courts. Ce format me semble idéal pour l’animation, où il faut tout contrôler au vingt-quatrième de seconde. Un sculpteur ne réfléchit pas au poids de sa sculpture, il pense à la cohérence de son œuvre. C’est pareil pour moi. Le prochain Kirikou sera d’ailleurs lui aussi divisé en cinq volets bien distincts.

Vous travaillez déjà dessus ?
Oui, il sortira le 12 décembre 2012. Je ne voulais pas nécessairement remettre le couvert, mais comme pour le deuxième opus, je me suis laissé convaincre par les producteurs. Et aussi et surtout par les spectateurs. Je reçois des lettres des quatre coins du monde, d’Asie, du Brésil. Et même d’Alaska, où un père m’a raconté que ses enfants, pourtant emmitouflés de fourrure, se prenaient pour Kirikou. Souvent, on m’a dit : “Vous n’avez pas le droit d’arrêter !” Je n’ai fait qu’obéir. (rires)

Revenons-en aux Contes de la nuit. D’où viennent vos histoires ?
J’en ai écrites certaines, comme Garçon tam-tam. Sinon, je reprends des contes traditionnels existants, que je modifie bien souvent. L’élue de la ville d’or est notamment un conte africain que j’ai situé dans l’Amérique aztèque.

Pourquoi avez-vous utilisé la 3D relief ?
Difficile aujourd’hui, d’un point de vue commercial, de sortir un film d’animation qui ne soit pas en relief. Cette technique, que j’ai utilisée comme un jouet, m’a toutefois renvoyé à mes débuts, quand je n’avais pas d’argent et que je fabriquais des images en relief, avec des découpages, des collages.

Que représente pour vous le fait de prendre, en guise de fil conducteur, deux enfants et un adulte qui se déguisent, qui fabriquent eux-mêmes leurs vêtements pour raconter une histoire ?
Je vais avouer un secret : si mon film pouvait donner aux enfants l’envie de créer, de prendre des crayons et des ciseaux, d’aller fouiller dans les livres pour mieux connaître les us et coutumes d’autres civilisations, je serai le plus heureux des hommes.

La critique du film Le conte de la nuit :
C’est un cinéma de quartier. De ceux qui se font dévorer, au fil des ans, par les multiplexes. Lui survit, au milieu des immeubles d’une mégalopole. Mais, d’ailleurs, qui dit qu’il est encore vraiment ouvert ? Car c’est seulement tard le soir, dans l’indifférence de la grande ville, que la salle semble s’animer.

Un jeune garçon, une jeune fille et un projectionniste s’amusent alors à mettre en images, sur l’écran, les contes auxquels ils rêvent. Grâce à une incroyable machine, ils se fabriquent leurs costumes et deviennent les héros de leurs films : princesse, chevalier et même… victime d’un sacrifice aztèque.

Si Michel Ocelot ( Kirikou et la sorcière, Azur et Asmar…) revient au théâtre d’ombres utilisé dans son charmant Princes et Princesses, il choisit, cette fois, d’y adjoindre les progrès de la 3D. D’un côté les ombres chinoises, qui nous ramènent aux lanternes magiques et aux balbutiements du cinéma. De l’autre, la trois dimensions, une des expressions les plus modernes du 7e art.

L’union fonctionne parfaitement. Mais la réussite des Contes de la Nuit ne tient pas à une simple prouesse esthétique. Par le choix de ces contes, comme Ti-Jean et la Belle sans connaître ou Le garçon Tam-Tam, Michel Ocelot montre aux petits (et aux grands), que chacun est capable d’écrire son propre destin.

Ses petits héros refusent ainsi d’incarner certains personnages ou n’hésitent pas à apporter leurs propres aménagements à une histoire déjà écrite. Un appel à la liberté qui prend sa source aux quatre coins du monde, des Antilles à l’Amérique du Sud, en passant par la France médiévale.

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Propos recueillis par Laurent Djian.

20/07/2011

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