Visa pour l’image 2011 : notre hommage à trois femmes photoreporters

Lauren devient religieuse à 21 ans. Un reportage de Toni Greaves dans Pèlerin cette semaine

Par Catherine Lalanne, rédactrice en chef, membre du jury du Prix Canon de la Femme Photojournaliste décerné par l’Association des Femmes Journalistes.

Un 23ème festival de photo reportage sous le signe du printemps arabe et la catastrophe de Fukushima … C’était à prévoir ! Logique, les prix suivent le mouvement et récompensent les reporters qui ont couvert les évènements qui ont fait trembler le monde ces derniers mois.

Le Visa d’or catégorie News du 23e festival Visa pour l’ Image a été décerné au photographe russe Youri Kozirefpour son travail sur « Les chemins de la révolution ». Spécialiste des conflits dans le monde, Youri Kozyrev a suivi les mouvements de contestation en Egypte, au Bahrein et en Libye. Et a ramené des clichés d’une force incroyable.

C’est un français, Olivier Jobard, qui a reçu le Visa d’or catégorie Magazine. Son reportage « Zarsis-Lampedusa, l’odyssée de l’espoir » met en scène l’exode des Tunisiens, à bord de chalutiers, vers les côtes italiennes. Le périple de la dernière chance !

Shiho Fukada a remporté le Visa d’Or Presse Quotidienne pour sa couverture des conséquences du tsunami sur les populations civiles dans la région de Fukushima. Des images bouleversantes du quotidien des japonais après le séisme.

Trois femmes formidables sont aussi à l’honneur cette année. Je tiens à leur rendre un hommage appuyé.

Catalina Martin Chico a emporté le Visa d’or « humanitaire »du Comité international de la Croix Rouge ( CICR) pour son reportage sur la révolution yéménite. Catalina a commencé la photo « sur le tard » à 41 ans et s’est donnée pour mission de témoigner du quotidien des populations dont on ne parle pas. Elle y réussit avec une sensibilité et une empathie qui vont droit au coeur.

Ilvy Njiokiktjien est la lauréate du Prix Canon de la Femme Photojournaliste décerné par l’Association des Femmes Journalistes. Je m’attarde volontairement sur elle car je suis membre de ce jury depuis neuf ans déjà.

J’ai un faible, je dois l’avouer, pour cette bourse qui soutient les rares femmes reporters dans une profession majoritairement masculine. Ilvy Njiokiktjien a reçu 8000 euros pour son projet sur les adolescents afrikaners en Afrique du Sud.

Depuis la fin de l’apartheid en 1994, la population blanche a du mal à trouver sa place. L’insécurité et le taux de criminalité en augmentation incitent certaines familles à envoyer leurs enfants faire des stagesd’ auto-défense, sous la houlette d’anciens militaires de l’apartheid. Les jeunes entrent au camp en croyant encore au changement, avec du respect pour l’ancien Président Mandela. Ils en sortent avec un fort sentiment nationaliste afrikaner et la certitude de ne pas appartenir à l’Afrique du Sud.

Ilvy va rejoindre un camp qui les fait tirer à armes réelles et suivre ces jeunes dans leurs familles qui, parfois, ont prévu de rejoindre le maquis quand Nelson Mandela mourra… Elle repart en octobre. Je vous donnerai de ses nouvelles. Son travail sera exposé à Perpignan en septembre prochain.

La troisième femme n’a reçu aucune récompense. Nous avons pourtant consacré six page à son travail dans le Pèlerin de cette semaine (disponible chez les marchands de journaux jusqu’au mercredi 7 septembre). Toni Greaves, a suivi trois années durant une novice de 21 ans, Lauren Frankho, dans son monastère dominicain de Summit dans le New Jersey (USA)

Je vous laisse découvrir la grâce et le talent de cette photographe qui croit à la force du divin. Ses clichés sur Lauren, projetés jeudi dernier à Perpignan dans le cloître médiéval du Campo Santo, ont suscité une émotion réelle. La joie lumineuse des novices crevait l’immense écran, dans la nuit catalane.

Je peux vous en parler, j’y étais. Pour le ressentir par vous même, je vous invite à plonger dans notre édition de la semaine. Rendez-vous p 31 !

 

05/09/2011

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