L’écrivain Delphine de Vigan : « Dans ma famille, la foi et la solidarité ont permis de traverser les plus grands drames »

 

Nous avions adoré Rien ne s’oppose à la nuit roman sur sa mère Lucile, atteinte de folie bipolaire, suicidée à 61 ans. Nous en avons parlé avec Delphine de Vigan, étonnée et heureuse du succès public de son livre (couronné du prix du roman Fnac, du prix roman France Télévisions et du prix Renaudot des lycéens).

 

Pèlerin : Votre roman est LE best-seller de la rentrée. Votre réaction ?
Delphine de Vigan : Je n’imaginais pas que ce livre rencontrerait un public aussi large ! J’avais même plutôt la crainte inverse : qu’il reste confidentiel. Beaucoup de lecteurs me parlent de la façon dont ils ont été touchés. Certains ont fait le lien avec leur propre histoire familiale. D’autres, qui n’ont rien vécu de tout cela, y ont trouvé malgré tout un écho à leur vie et aux failles que chacun porte en lui. Quand j’ai rencontré des jeunes pour le Goncourt des lycéens, les profs m’ont expliqué que leurs élèves pouvaient se retrouver dans mon livre parce qu’il parle aussi de la manière dont on se construit par rapport à son milieu d’origine.

L’histoire racontée est celle de votre famille. Pourquoi avoir appelé cela « roman » ?
Dès lors qu’il y a une reconstruction, on est dans un roman, parce qu’on est obligé de choisir une version plutôt qu’une autre. D’une certaine manière tout est vrai mais les faits sont vus à travers mon prisme. Par ailleurs certaines scènes comme chez le glacier ou à l’école, quand Lucile doit monter à la corde, sont totalement inventées pour révéler le rapport de Lucile à elle-même et aux autres.

Ce qui frappe dans votre livre, c’est aussi la gaieté qui s’en dégage. Il y a des moments très drôles…
Merci de l’avoir remarqué ! Pour moi, il y a effectivement des choses drôles et rire dans les épisodes les plus noirs a été une manière de survivre. J’espère que cela transparaît dans le roman, notamment quand je raconte mon adolescence et mes rêves conformistes d’une belle maison…

Ce portrait de Lucile est aussi un portrait de famille. Vous fait la part belle aux personnages lumineux comme celui de votre grand-mère, Liane…
Il est vrai que dans ma famille la foi et la solidarité ont permis de traverser les plus grands drames. Je ne suis pas croyante et je le regrette, mais il y a en moi cette vitalité que ma transmis ma grand-mère. Sa foi était humaniste. Par exemple quand elle nous disait que l’enfer n’existait pas, que ce n’était pas possible ! Chez ma mère, on pouvait aussi déceler des traces de cette force : dans sa volonté d’aller de l’avant, son courage et une aspiration spirituelle très profonde, qui n’a pas trouvé où se placer.

Après ce livre, reviendrez vous à la fiction ?
Oui. J’ai déjà une idée mais j’ai envie de prendre mon temps sur ce projet. De toutes les façons je suis incapable d’enchaîner les livres, j’ai besoin d’un temps de pause. Pour la promotion de « Rien ne s’oppose à la nuit » j’ai déjà averti que j’arrêterai assez vite car je veux continuer à en parler de façon authentique. Fin décembre j’arrête tout !

Propos recueillis par Anne-Claire Ordas

14/11/2011

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