Brian Selznick (Hugo Cabret) : « Martin Scorsese ? Un gamin dans un magasin de bonbons ! »

Auteur de « L’invention de Hugo Cabret » (éd. Bayard), Brian Selznick voit son oeuvre adaptée à l’écran par… Martin scorsese ! Rencontre avec un écrivain comblé.

Par Joséphine Lebard/Pèlerin

Qu’avez-vous pensé quand vous avez su que Scorsese allait porter votre livre à l’écran ? Un réalisateur comme Spielberg ne semblait-il pas plus légitime pour se glisser dans un univers enfantin ?

En disant cela, vous oubliez une chose. Martin Scorsese a toujours, dans sa filmographie, privilégié l’expérimentation. Il se renouvelle constamment ! Par exemple, après « Taxi Driver », film plutôt noir et violent, il enchaîne avec « New York, New York » qui est une comédie musicale.

Sincèrement, je n’aurais jamais pensé à lui pour porter mon livre à l’écran. Mais quand je l’ai su, je me suis dit « Mais bien sûr ! Cela ne peut être personne d’autre ! » Vous auriez du le voir, en train de manier la 3D. On aurait dit un gamin dans un magasin de bonbons !

D’où vient votre engouement pour Georges Méliès, un des personnages principaux de votre livre ?

Très jeune, j’ai vu « Le voyage dans la lune » dont je suis tombé instantanément amoureux. Pendant des années, j’ai eu envie d’écrire un livre sur Méliès sans bien savoir comment m’y attaquer.

Un jour, j’ai lu qu’alors que son studio périclitait, il avait détruit non seulement des films mais aussi des automates qu’il avait conçus. J’ai alors eu l’image d’un jeune garçon trouvant l’un de ces automates au milieu des ordures.

C’est l’acte de naissance de « L’invention de Hugo Cabret ». Mais pour en revenir à mon amour pour Méliès, j’aimerais vous confier une anecdote. En 2005, je me rends sur sa tombe, au Père-Lachaise, et j’y dépose un dessin reprenant une scène du « Voyage dans la lune ».

Dessus j’avais écrit : « A Georges Méliès, de la part d’un fan ». Il y a quelques jours, au salon du Livre de la jeunesse de Montreuil, je raconte cette histoire. A la fin de ma conférence, une dame vient me voir et me dit qu’elle a ce dessin. Il s’agit de Marie-Hélène, l’arrière-petite-fille de Méliès à qui cet hommage avait beaucoup plus, qui l’a repassé au carbone et encadré chez elle !

Dans votre livre, vous proposez un regard sur le Paris de 1931. Comment avez-vous travaillé pour reconstituer la capitale au début du siècle ?

J’ai fait plusieurs voyages ! Le premier, je me suis contenté de regarder autour de moi, de m’imprégner. Lors de ma deuxième venue, j’ai fait des photos d’endroits spécifiques, capitaux dans le déroulé de l’action. Par exemple, la gare où habite Hugo Cabret emprunte aussi bien à la gare du Nord qu’à la gare de l’Est.

En revanche, les horloges sont celles de la gare d’Orsay. J’ai aussi regardé beaucoup de films français. Notamment ceux de Jean Vigo comme « L’Atalante » ou « Zéro de Conduite ». J’ai aussi visionné les œuvres de René Clair. En fait, j’ai conçu mon livre comme un film.

J’ai commencé en écrivant le texte. Et, à chaque fois qu’il y avait de l’action, j’ai choisi de remplacer les mots par des dessins. Seuls les pensées et le cheminement intellectuel des personnages demeuraient à l’écrit. Je suis ainsi passé d’un texte de 100 pages à un livre de 530 pages ! Heureusement, mon éditeur m’a suivi !

Enfant, quels sont les livres et les films qui vous ont nourri ?

Le livre, c’est indéniablement la série des « Chapardeurs » de Mary Norton. Il s’agit d’une famille de très petits êtres qui habitent les maisons des humains. Plus jeune, je leur bâtissais des lits en espérant qu’ils viendraient s’installer chez moi.

Côté cinéma, j’avoue un faible pour le magicien d’Oz, produit par le cousin de mon grand-père, David O’ Selznick. Petit, je trouvais ça absolument génial de voir mon nom au générique des films !

Inteview vidéo de Brian Selznick.

A l’occasion de la Comédie du Livre de Montpellier en mai 2010, Emile (11 ans) a rencontré Brian Selznick et réalisé avec lui en anglais une interview sur les conditions d’écriture du roman et ses liens avec le projet d’adaptation cinématographique par Martin Scorsese.

La vidéo a été réalisée par Sabine Ternon dans le cadre de l’association Neosphere, association d’éducation par l’image regroupant une quinzaine de jeunes de 10 à 18 ans autour de projets de rencontres-interviews, reportages pour web télés et réalisation de courts-métrages

Source : Bayard éditions.


interview-brian-selznick par Bayard_Editions

14/12/2011

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