Vendredi 23 juillet. Un ovni à Avignon

Yves-Noël Genod

Il s’appelle Yves-Noël Genod, et hier encore, nous ignorions son existence. Quelle honte ! Longiligne, la voix sensuelle et les longs cheveux blonds d’un prince… mais avec quelque chose de subrepticement carnassier dans le sourire et une auto dérision constamment logée dans ses yeux ourlés d’un trait noir gothique : la classe d’un dandy ! Il citera d’ailleurs David Bowie désirant que s’accomplisse le miracle de la multiplication des roses pour honorer son public…

Comédien, plus justement performer, Yves-Noël Genod fait salle comble tous les jours dans la magnifique salle ronde de la Condition des Soies.

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Jeudi 22 juillet. Le Roi Denis s’amuse, la Reine Valérie le détrône

Denis Podalydès dans "Richard" © Michel Gangne/AFP

Denis Podalydès dans "Richard II" © Michel Gangne/AFP

Ce vendredi soir, sur France 2, vous pourrez voir La Tragédie de Richard II , spectacle filmé lors de la représentation à laquelle nous avons assistée hier soir dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes.

Une fois n’est pas coutume, cette captation est – peut-être – le meilleur moyen d’apprécier ce spectacle. On y perdra certainement le très beau travail de lumières sur les murs imposants du Palais, mais on y gagnera certainement en qualité d’audition pour entendre la nouvelle traduction proposée par Frédéric Boyer.

Datant de la fin du XVIe siècle, cette tragédie de Shakespeare nous conte les derniers jours du règne de Richard II, souverain tyrannique trahi, destitué et assassiné par ses pairs, et l’accession au trône de son cousin, Bullingbrooke, qui deviendra Henri IV d’Angleterre.

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Mercredi 21 juillet. En attendant Richard…

Ce soir, nous serons dans la Cour d’honneur pour la troisième représentation de Richard II. Les commentaires, partagés, saisis à la sortie des deux premières aiguisent notre impatience. En attendant voici trois spectacles à voir… ou pas.

"Pour l'amour de Phèdre"

Emballé par Je suis Ophélie, présenté par la Compagnie de l’Astre, nous avons vu leur deuxième spectacle : une pièce de Sarah Kane, Pour l’amour de Phèdre. La dramaturge anglaise a transposé dans notre monde contemporain la situation initiale et les personnages principaux du mythe antique.

En l’absence de Thésée, Phèdre tombe amoureuse de son beau-fils Hippolyte, jeune homme désabusé et cynique. Vient s’ajouter Strophe, fille de Phèdre, qui a déjà succombé aux charmes de ce héros triste.

Malgré les mises en garde de sa fille, Phèdre se jette littéralement sur Hippolyte qui, sans le moindre affect, lui répète inlassablement que le désir maintenant assouvi ne change rien à ses sentiments : il ne l’aime pas. D’ailleurs il n’aime personne. Phèdre l’accuse alors de viol avant de se suicider. Hippolyte accepte l’accusation et sa condamnation à mort.

« La vie est trop longue  », déclare Hippolyte. Sombre constat qui fait écho au destin de Sarah Kane qui se suicida à l’âge de 28 ans, en laissant derrière elle une œuvre fulgurante qui avait immédiatement choqué et bouleversé la scène théâtrale anglaise.

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Mardi 20 juillet. Yvette Horner et le Big Bang

Nouvelle salve de créations dans le festival « in » cette semaine. Après Baal hier, c’est au tour de Big Bang, de Philippe Quesne et, très attendu évidemment, La Tragédie de Richard II, avec Denis Podalydès, dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, sans oublier un Délire à deux de Ionesco avec l’une de nos comédiennes préférées, Valérie Dréville. De quoi être impatient devant cet alléchant programme.

Apparemment tout le monde ne partage pas mon enthousiasme pour Baal et mon coup de foudre pour Clotilde Hesme. Quel dommage !

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Lundi 19 juillet. Baal d’honneur à Avignon

Clotilde Hesme au premier plan, avec Thomas Landbo, Jeanne Tremsal et Mathieu Genet © Anne-Christine Poujoula/AFP

Encore un grand moment de bonheur au Cloître des Célestins avec la création, hier soir, de Baal de Bertolt Brecht.

Baal est un jeune homme qui rêve de gloire littéraire et se perd dans une quête effrénée de tous les plaisirs, une sorte de poète à la Rimbaud, assoiffé de vin, de femmes et d’étoiles, rejetant violemment les codes et les convenances de la vie bourgeoise.

Dès lors que, fonctionnaire à la ville, il est renvoyé de son petit travail d’écritures, sa vie bascule dans une vaine fuite en avant où tous les excès sont possibles, jusqu’au meurtre de son meilleur ami – et sans doute faut-il y voir une forme de suicide.

Écrite au lendemain du chaos de la Première Guerre mondiale, cette pièce de jeunesse de Brecht est ancrée résolument et avec justesse dans notre monde contemporain par le metteur en scène François Orsoni.

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Samedi 17 juillet. Le théâtre autobiographique de Lagarce

Jean-Luc Lagarce, décédé en 1995, est l’auteur contemporain le plus joué sur les scènes françaises. Il est entré au répertoire de la Comédie-Française, il y a deux ans, avec Juste la fin du monde, et ses textes sont aussi servis par les acteurs les plus en vue, comme Fanny Ardant qui n’hésita pas dernièrement à endosser le rôle de l’actrice vieillissante et ratée de Music Hall.

Cette saison, Laurent Poitrenaux (à l’affiche des pièces d’Olivier Cadiot dans le in) reprenait avec succès Ébauche d’un portrait, d’après le journal de Lagarce, témoignage palpitant d’un jeune homme des années 1980. C’est donc tout naturel de le retrouver à l’affiche de différents théâtres du festival off.

On ne s’étendra pas sur le (très) jeune acteur qui interprète le monologue Le Bain. En l’absence de véritable metteur en scène et malgré un texte émouvant, le potentiel du jeune comédien reste à révéler.

Alain Macé dans "L'Apprentissage"

Alain Macé dans "L'Apprentissage"

Peut-être qu’un jour, ayant acquis de l’expérience et fait les bonnes rencontres, parviendra t-il au niveau d’Alain Macé ? Dirigé par Sylvain Maurice, le comédien donne à entendre un autre monologue autobiographique de Jean-Luc Lagarce, L’Apprentissage.

Entubé et perfusé de toutes parts, ligoté sur son lit d’hôpital et incapable de communiquer avec son entourage, le personnage fait un retour progressif à la vie après une période de coma. C’est sa conscience qui s’adresse à nous, spectateurs, et qui nous fait partager son long éveil, des premiers battements de paupières à la première marche en dehors de l’hôpital.

Pas du genre à donner dans le pathos, Lagarce est constamment sur le registre de l’humour noir et d’une féroce lucidité à l’égard son entourage. Des infirmières infantilisantes et autoritaires à la famille haïe, tout le monde en prend pour son grade ! Cependant, reste  près de lui la présence mystérieuse et fascinante de celui qu’il nomme A.

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Jeudi 15 juillet. Stanislas le Grand

Stanislas Nordey © Vincent Pontet/wikispectacle

Ils sont rares ces moments au théâtre où un spectacle vous donne un sentiment de plénitude, un sentiment de total abandon, un moment de grâce. Chaque année, on les traque, on tente de les découvrir dans les programmes foisonnants des théâtres.

On dissèque les programmations, on surfe sur Internet pour se renseigner sur tel auteur qu’on ne connaît pas, on retient ce jeune metteur en scène prometteur, on ne manquerait pas ce comédien qui mène une brillante carrière.

Avouons-le, les rendez-vous qu’on anticipe ne sont pas toujours, ne sont pas forcément les meilleurs. Trop d’attentes misées sur une distribution alléchante, déception pour un spectacle qui ne tient pas ses promesses. Ou simplement, son propre état de spectateur qui n’est pas disponible ce soir-là, trop de fatigue qui nous rend indisponible à une bonne réception du projet.

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Mercredi 14 juillet. Un ours fatigué et trois vieilles en surchauffe !

"Trois vieilles"

Le bruit court par les rues d’Avignon : le 14 juillet est la date à partir de laquelle ça commence vraiment pour les spectacles du off ! Le public vient toujours après cette date. On y croit dur comme fer : le public viendra !

Les troupes ravivent ainsi leur courage, un peu altéré par la canicule et la fatigue – voire, déjà, la déception – des premiers jours survoltés. Alors on tracte et tracte encore, forçant l’enthousiasme, cette énergie des dieux…

Et d’aucuns avancent naïvement, lors de l’argumentaire plus ou moins ludique à l’adresse du festivalier plus ou moins attentif, les noms de Molière, Shakespeare ou Tchekhov comme garanties…

Tchekhov, justement. Des tapis poussiéreux, des guéridons de bois passé, un sofa – on échappe de justesse au samovar… Du vieux théâtre, donc, pour cette représentation d’ Ours suivie de La Folle Nuit et La Demande en mariage, trois comédies en un acte, dans une mise en scène de Benoît Lavigne.

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Mardi 13 juillet. Un falafel pour Phèdre

En guise de programme, la recette du falafel, lequel sera avec Menschel et Romanska, le héros du spectacle d’Olivier Balazuc pour la mise en scène et de Daniel Kenigsberg pour l’interprétation.

Le falafel, plat désespérément national selon le narrateur de la nouvelle de Hanokh Levin, cristallise les sentiments féroces d’un couple déchiré avant même d’être uni ! Les frustrations alternent avec les mesquineries cachant mal des solitudes douloureuses et exacerbées. On y rit beaucoup de la causticité de l’auteur porté par un acteur tout en nuances et en ruptures.

"La revue tragique" © Frédéric Cheli

Ruptures et contrastes également dans La Revue tragique mise en scène avec audace et maîtrise par Vincent Dussart. Les grandes figures de la tragédie grecque, échappées de textes de Sénèque, sont convoquées dans un décor de cabaret décadent à la Fassbinder.

Une meneuse de revue fait entrer en scène Hécube, Médée, Phèdre, Œdipe, quatre héros marqués par la fatalité du crime et de l’inceste. Chacun vient faire brillamment son numéro de tragédie dans des monologues à hauteur des Dieux, et régulièrement illustrés par des chansons sentimentales. Ce court-circuit unit avec pertinence la tragédie et la culture populaire.

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